Il y a parfois des hasards qui font bien les choses. Quelques jours après la sortie de piste (volontaire) de Martin Fourcade, qui a renoncé à briguer la direction du COJOP des Alpes Françaises 2030, voilà qu’un livre sur ce thème tombe entre mes mains (merci aux Editions Paulsen), et je me suis empressé de le lire.
Dans Le Crépuscule des Jeux, Guillaume Desmurs, savoyard ayant grandi sur les skis avant de devenir journaliste, nous dévoile les coulisses du projet Alpes Françaises 2030. Pour ceux qui n’ont pas suivi l’actualité, il s’agit de la candidature express des Alpes Françaises, retenue en juillet 2024 par le Comité International Olympique (CIO), pour organiser en France les Jeux Olympiques et Paralympiques d’hiver de 2030.
Ce livre enquête commence par une séquence souvenir. Le nom « Albertville », prononcé par Juan Antonio Samaranch, le président du CIO de l’époque, avait provoqué en octobre 1986 un enthousiasme phénoménal en Tarentaise, et bien au-delà. Cet élan avait débouché sur une quinzaine blanche, celle des JO d’Albertville de 1992, qui reste à jamais gravée dans la mémoire collective savoyarde.
Les temps ont bien changé. L’annonce du choix des Alpes Françaises 2030, effectuée quelques jours avant le début des Jeux de Paris, est loin d’avoir provoqué le même enthousiasme. Il est vrai qu’il est difficile de recréer le remarquable duo politique, sportif et local qui avait marqué 1992, avec Michel Barnier et Jean-Claude Killy !
Après avoir passé en revue la genèse du projet Alpes Françaises 2030, le deuxième chapitre du livre doit assurément retenir l’attention des lecteurs, car l’auteur y analyse minutieusement les promesses de la candidature. Les Jeux seront-ils durables ? Sobres et économes ? Populaires ? Autant de questions sur lesquelles Guillaume Desmurs nous livre une analyse extrêmement documentée et sourcée. À chacun de se forger son propre avis après l’avoir lu.
Guillaume Desmurs passe également en revue les futurs sites olympiques, en nous dévoilant les résultats de son enquête. C’est factuel et intéressant à connaitre…
D’autres chapitres abordent le sujet des transports, ainsi que celui de l’indispensable transition de l’économie du ski, des thèmes sur lesquels on a l’impression qu’on n’avance pas vraiment très vite ! Prenons un exemple : un ascenseur valléen doit relier Bozel à Courchevel… très utile pour décarboner la vallée. Sachez qu’on en parlait déjà avant les JO de 1992 !
Le livre fait également un rappel important à l’expérience des habitants de Denver, ville américaine choisie par le CIO pour accueillir les Jeux olympiques d’hiver de 1976. Ils avaient, par leurs votes, fait annuler ce projet financé par les deniers publics et porté principalement par des politiques et le monde des affaires.
En refermant les dernières pages de ce crépuscule des Jeux, si je devais transmettre un seul message à toutes celles et ceux qui travailleront à la réussite des Jeux d’hiver 2030, ce serait celui-ci. Ce livre s’ouvre sur une citation de l’activiste Sam Brown : « Les Jeux olympiques sont des sports de riches payés par les pauvres, dont le but est la promotion de l’immobilier et du tourisme ».
Démontrez-nous le contraire en 2030, en organisant des Jeux d’hiver qui soient réellement durables, populaires et sobres !