Le slalom géant féminin se déroule à Cortina. À la veille de la course, quelques repères essentiels sur cette discipline.
Retour aussi sur le podium de Pékin et la seule championne olympique tricolore. Sans oublier notre « Moment TopSkiNews » – vraiment immense – consacré à Janica Kostelic.
Trajectoires précises sur tracés sinueux
Discipline technique, le géant requiert une grande précision alliée à une bonne dose de puissance et une grande vélocité dans l’exécution des mouvements. Il faut aussi un bon sens du rythme afin de négocier au mieux les courbes avec beaucoup d’enchaînements.
Disputé dans le passé en une seule (longue) manche, le géant se court depuis janvier 1967 en deux manches, sur des tracés souvent exigeants, plus courts et plus sinueux que ceux des épreuves de vitesse. Cette spécialité fait partie du programme olympique depuis Oslo 1952 (vainqueur Stein Eriksen). De 1968 jusqu’en 1980, cette course pouvait avoir lieu sur deux jours – et même sur deux pistes différentes comme à la Lizum, lors des JO d’Innsbruck en 1976 !
Les 30 skieurs les plus rapides du premier tracé sont qualifiés pour la seconde manche. Ils s’élancent ensuite dans l’ordre inverse de celui du classement du parcours initial. Une trentaine de coureurs partent derrière eux dans l’ordre de leur résultat du matin. La victoire revient à l’athlète dont le temps total sur les deux manches est le plus bas.
Le podium des JO de Pékin en 2022
Aux Jeux olympiques de Pékin, le slalom géant féminin a couronné trois références de la discipline.
En or, la Suédoise Sara Hector offre à son pays un titre rare. Elle devient la deuxième Suédoise sacrée en géant olympique, trente ans après Pernilla Wiberg à Albertville en 1992.
Derrière elle, le podium a de l’allure. Deux anciennes lauréates du gros globe complètent la fête : Federica Brignone décroche l’argent pour l’Italie, et Lara Gut-Behrami offre le bronze à la Suisse.

Les Français dans l’histoire olympique
Une seule française est montée à ce jour sur la plus haute marche du podium pour un slalom géant Olympique. Il s’agit de Marielle Goitschel et cela remonte à 1964 aux Jeux d’Innsbruck. A noter qu’alors cette course comptait également comme un championnat du monde.
Le « Moment TopSkiNews » (rédigé avec la collaboration de Patrick Lang)
« On ne parle que de médailles depuis quelques jours. Ici, on va parler d’une bascule. Une de celles qui changent la trajectoire d’une carrière, et parfois même celle d’un pays.
Snow Basin/Deer Valley, Utah, février 2002. Aux Jeux Olympiques de Salt Lake City, la Croate Janica Kostelić arrive comme une skieuse déjà reconnue après avoir remporté le classement général de la Coupe du monde 2001.
Mais il lui reste à conquérir le plus haut niveau olympique après des débuts modestes à Nagano en février 1998. En quinze jours, elle va transformer cette reconnaissance en légende.
Tout commence par le combiné. Une course exigeante, où il faut tenir en vitesse et trancher en technique. Kostelić s’y impose avec autorité, offrant à la Croatie son premier titre olympique en ski alpin depuis l’indépendance de 1991. C’est un signal fort.
La Croatie existe désormais aussi sur l’univers du ski olympique.
Elle enchaîne ensuite avec l’argent en Super-G. 2ème, à cinq centièmes seulement de Daniela Ceccarelli, la maman de Lara Colturi. Cinq centièmes, c’est un souffle, une trajectoire à peine plus directe. Ce deuxième podium confirme une vérité simple : Janica s’installe dans toutes les disciplines, sans frontières techniques.
Puis vient le slalom. La course de la prise de risque, de la précision entre les portes, du rythme et de l’engagement permanent. Laure Péquegnot la pousse dans ses retranchements. À l’arrivée, sept centièmes séparent la Croate de la Française. Sept centièmes pour un titre olympique, et pour un mental qui ne tremble pas.
Et comme si cela ne suffisait pas, elle ferme la quinzaine avec le slalom géant, en offrant un récital. Deux manches gagnées avec une marge impressionnante sur ses rivales, dont la Suédoise Anja Pärson. Cette dernière victoire n’est pas un bonus. C’est la conclusion logique d’une superbe polyvalence : solide en vitesse, explosive en slalom, clinique en géant.
Une réussite insolente, impressionnante alors qu’elle n’avait remporté aucune course les mois précédents !
Ce qui rend l’histoire encore plus forte, c’est ce qu’on oublie parfois derrière l’or. Le corps de Janica a payé cher. Blessures à répétition. Plusieurs opérations aux genoux et une ablation de la thyroïde au cours de sa carrière.
À ce niveau, beaucoup auraient renoncé. Elle, jamais. Sa carrière est un empilement de retours, de reconstructions, de combats silencieux. A 25 ans seulement, elle choisira finalement de ranger les skis, après avoir tout donné et triomphé dans toutes les spécialités !
Sous la houlette de son père Ante, elle a bâti une trajectoire unique. Et dans son sillage, son frère Ivica deviendra lui aussi un champion majeur. En 2003, ils gagnent tous les deux l’or en slalom aux mondiaux FIS de St Moritz. En 2011, « Ivo » s’adjuge à son tour le gros globe de cristal.
Mais à Salt Lake City, la lumière est pour Janica. À elle seule, elle ramasse tout le pactole croate. À elle seule, elle propulse son pays au dixième rang des nations aux Jeux.
Une athlète, une famille, un drapeau, et une place dans l’histoire du sport.
Alors, oui, il y a les chiffres : quatre titres olympiques, des titres mondiaux, des globes de cristal. Mais il y a surtout les images. Et il y en a une, pour conclure, qui est loin des chronos.
Un an auparavant, à Zagreb, Janica Kostelić est accueillie avec 1 256 roses à son retour des Finales d’Are, en Suède. Une pour chaque point marqué lors de son premier sacre au général de la Coupe du Monde. Un geste simple, presque tendre.
Un très joli témoignage aussi pour ce qu’elle a apporté à la Croatie : une fierté, une identité, et une trace durable dans la mémoire sportive collective. »











