Malgré une préparation marquée par le doute et les blessures, Mikaela Shiffrin vient de signer l’une des saisons les plus impressionnantes de sa carrière. Portée par un hiver exceptionnel en slalom et une régularité retrouvée en géant, Mikaela Shiffrin a décroché un sixième gros globe de cristal, égalant le record établi par la Salzbourgeoise Annemarie Moser-Pröll dans les années 1970 !
Photo copyright Agence Zoom/Alexis Boichard
Une saison lancée dans l’incertitude
À l’automne 2025, difficile d’imaginer Mikaela Shiffrin en lice pour le classement général. La skieuse américaine sort alors d’une année marquée par une blessure sérieuse, une longue absence et des séquelles liées à un trouble de stress post-traumatique qui ont profondément perturbé sa préparation.
À Sölden, elle ne cache d’ailleurs rien de ses doutes : sa préparation en slalom géant encore « en chantier », la discipline du Super-G sans repères et la descente toujours absente de son programme. Dans ce contexte, viser le gros globe relevait pour elle davantage du rêve que d’un objectif concret. Shiffrin elle-même adopte une approche mesurée, préférant avancer course après course, sans se projeter trop loin.

De la prudence au triomphe
Six mois plus tard, le contraste est saisissant. À Hafjell, lors des finales de la Coupe du Monde, l’athlète de Vail, dans le Colorado, soulève quand même le gros globe de cristal, égalant ainsi le record de six titres détenu par Annemarie Moser-Proell.
Un accomplissement que la trentenaire a elle-même eu du mal à réaliser pleinement. L’Américaine évoquait après sa dernière course au micro de la FIS une « explosion d’émotions incroyables », presque irréelle. Comme si la performance dépassait sa propre compréhension. Ce décalage entre les attentes du début de saison et le résultat final illustre parfaitement la dimension exceptionnelle de son hiver 2026.
Une domination historique en slalom
La logique veut que pour gagner le classement général, il faut être performant dans plusieurs disciplines, comme l’a notamment montré Tina Maze en 2013 avec au moins 339 points dans chacune des quatre disciplines.
Plus récemment, Federica Brignone, Lara Gut-Behrami – et Shiffrin elle-même par le passé – ont remporté le général grâce à de solides saisons sur trois disciplines.
Mais cette saison, Shiffrin a renversé la logique avec un socle de succès reposant sur un hiver en slalom tout simplement hors norme, comme ce fut le cas en 2001 pour la prodige croate Janica Kostelic.
Dans sa discipline de prédilection, Shiffrin a atteint un niveau rarement observé, même à l’échelle de sa propre carrière. Avec neuf victoires en dix courses et 980 points récoltés sur 1000 possibles, elle signe l’une des campagnes les plus dominantes de l’histoire dans la spécialité.

Du cercle polaire arctique à Levi jusqu’à son Colorado natal, en passant par toute l’Europe, Mikaela Shiffrin était intouchable cet hiver. Elle a gagné en altitude à Copper Mountain, en nocturne à Flachau, sur neige glacée comme sur neige de printemps.
Seule une courte défaite à Kranjska Gora face à Camille Rast, pour seulement quatorze centièmes, l’empêche de réaliser la saison parfaite entre les piquets serrés. Une marge infime, presque anecdotique au regard de sa domination globale.
Ce qui frappe au-delà des résultats, ce sont les écarts. Dans un sport où les différences se mesurent au centième, Shiffrin s’impose à six reprises avec plus d’une seconde d’avance, dont quatre fois avec plus d’une seconde et demie. Une démonstration de maîtrise technique et mentale.

À cela s’ajoute un nouveau titre olympique en slalom, décroché à Milan-Cortina 2026 avec 1,5 seconde d’avance, preuve supplémentaire de sa supériorité dans les grands rendez-vous.

Le géant, terrain de reconstruction décisif
Si le slalom a servi de moteur, le géant a joué un rôle déterminant dans la conquête du gros globe. Dans cette discipline, Mikaela Shiffrin n’évolue plus dans le confort, loin de là.
Depuis sa blessure de Killington fin 2024, elle peine à retrouver ses sensations et sa confiance. Pourtant, elle va construire sa saison sur une qualité essentielle : la régularité.
Avec un seul podium mais huit top 6 en dix courses, elle parvient à accumuler 422 points précieux. Ce total reste modeste à l’échelle de ses standards, mais il s’avère suffisant pour rester dans la course au général.
« Cela faisait deux ans que je n’étais pas montée sur un podium en géant et plus d’un an que je ne pensais plus en être capable », a déclaré Shiffrin après sa troisième place à Spindleruv Mlyn.
C’est d’ailleurs la première fois, dans l’une de ses saisons titrées, qu’elle termine hors du top 3 du classement de la discipline. Une donnée révélatrice de son adaptation stratégique : faire le dos rond, limiter les écarts et saisir chaque opportunité.
Des finales sous haute tension
Si le slalom a servi de moteur, Comme souvent dans les grandes saisons, tout se joue dans les derniers instants. À Hafjell, le globe du général se décide lors du dernier slalom géant, avec l’Allemande Emma Aicher toujours en embuscade.
La première manche place Shiffrin en difficulté, reléguée au 17e rang, tandis que sa rivale pointe sur le podium provisoire. Le scénario bascule alors dans l’incertitude, une cinquantaine de points seulement les séparant alors !
Mais c’est précisément dans ces moments que l’Américaine exprime toute la dimension de sa classe. Lors de la deuxième manche, elle élève son niveau, signe le septième temps et remonte de plusieurs places, sécurisant ainsi son sixième gros globe sans dépendre du résultat d’Aicher.
Une performance construite autant sur la maîtrise technique que sur la gestion émotionnelle.
« Cette saison a été tellement excitante, comme un tourbillon avec toutes ces magnifiques courses, les Jeux olympiques et tout le reste », a déclaré Shiffrin après sa victoire lors du dernier slalom de la saison à Hafjell.
Une légende qui continue de s’écrire
Avec ce sixième globe du général, Mikaela Shiffrin confirme un peu plus son statut de référence absolue du ski alpin. Même si elle ne chasse pas activement les records, elle n’a cessé de les battre ces dernières années.
Elle a dépassé le record féminin de Lindsey Vonn (82 victoires), puis celui d’Ingemar Stenmark (86), avant de devenir la première à atteindre 100 victoires. Depuis, elle continue d’empiler les performances historiques en terminant cette saison avec 110 victoires en Coupe du monde.

Les perspectives sont vertigineuses : un gros globe supplémentaire lui permettrait de devenir seule détentrice du record chez les femmes, tandis que deux de plus l’aligneraient sur Marcel Hirscher, référence absolue chez les hommes.
Au total, Mikaela Shiffrin compte désormais 18 globes de cristal, toutes disciplines confondues. Il ne lui en manque plus que deux pour atteindre le record de 20 détenu par Marcel Hirscher et Lindsey Vonn.
À ce stade de sa carrière, une chose est certaine : Mikaela Shiffrin n’a pas seulement marqué son époque. Elle continue de la redéfinir – mais elle devra s’employer davantage l’hiver prochain pour résister aux coups de boutoirs d’Emma Aicher si l’Allemande continue sur sa lancée ! Avec un peu de plus de réussite dans certaines épreuves comme à Crans-Montana ou à Val di Fassa (sortie de course), Aicher aurait probablement eu le dernier mot !











