Plus rapide que Shiffrin sur une manche à Copper Mountain, meilleure slalomeuse Française aux Jeux olympiques à Cortina et auteure de son meilleur résultat en carrière aux Finales d’Hafjell… Caitlin McFarlane a franchi un cap cet hiver. La skieuse de St Jean d’Aulps décrypte une saison référence et assume désormais de viser plus haut.
Photo copyright Agence Zoom/Christophe Pallot
La saison de Coupe du monde vient de se terminer. Quel regard portes-tu sur ton hiver en slalom ?
C’était une très bonne saison. Je suis très contente de ma progression. Et maintenant que je suis dans cette position-là, c’est-à-dire bien installée dans le top 30, j’ai envie d’aller chercher encore plus haut.
Quels sont, selon toi, les éléments clés de ta belle progression cette saison ?
Pour moi, ce n’est pas quelque chose qui s’est fait du jour au lendemain. C’est le travail que je fais et qu’on a fait aussi avec toute l’équipe ces deux ou trois dernières années. On répète, on répète, on se répète les mêmes choses.
J’applique les mêmes choses à l’entraînement, en course et dans ma vie quotidienne. Petit à petit, les choses se sont mises en place. Donc, même si la saison passée, je me battais pour des qualifications, j’ai aussi baissé mes points et j’ai pu améliorer mes dossards.
C’était déjà une première étape de ma progression. A partir de l’été dernier, j’avais décidé de mettre un peu plus la priorité sur le slalom pour pouvoir vraiment appliquer davantage de rigueur dans cette discipline. Je pense que c’est cela qui m’a beaucoup aidé à atteindre ce niveau de base en slalom, qui me permet d’être assez à l’aise dans toutes les circonstances, dans toutes les compétitions.
Donc, je me sens à l’aise et confiante pour aller chercher vraiment plus haut, le plus vite possible.
Avec 4 abandons en 10 slaloms, souvent en première manche, comment analyses-tu ces sorties de piste ?
C’est frustrant parce que ces 4 DNF (Do Not Finish) étaient quasiment à la suite. C’est ce genre d’erreurs que j’ai envie de gommer petit à petit.
Mais aussi, je n’ai pas peur d’en faire. Cela fait partie de notre sport et de l’apprentissage. Donc, cela fait partie de ma saison.
Sur les slaloms où tu termines, l’écart reste encore significatif (3,4 s en moyenne) avec les meilleures. Où se situe, selon toi, la marge de progression ?
Je pense que cet écart vient surtout d’une première manche un peu moyenne où, on va dire, je me place. Souvent, ma deuxième manche est bien meilleure, ce qui réduit un peu cet écart.
Je vais essayer de toujours travailler sur ma rigueur et de gommer toutes les petites erreurs que je fais encore. Pour essayer d’arriver à faire deux manches vraiment pleines et rapides.
Revenons sur trois moments forts de ta saison en slalom. D’abord, cette deuxième manche référence à Copper Mountain…
C’est une des manches dont je suis la plus fière dans ma carrière pour le moment. J’étais très détendue. Entre les deux manches, je n’étais pas très heureuse d’être placée aussi loin (28e). Mais j’étais très confiante pour essayer de réduire un peu cet écart.
Donc, j’ai approché la manche comme j’essaie de les approcher toutes : avec beaucoup de relâchement, pour m’amuser avant tout. C’est un peu ce qui s’est passé. J’ai eu vraiment beaucoup de liant et beaucoup de fluidité avec mon ski.
C’est quelque chose que j’essaie de rechercher le plus souvent possible. C’est aussi très dur à atteindre régulièrement.
C’est aussi une manche que j’ai bien notée pour trouver des points d’ancrage afin de retrouver ce genre de sensations dans d’autres courses.

Aux Jeux olympiques de Cortina, tu signes le meilleur résultat des slalomeuses françaises. Comment as-tu vécu cette course si particulière ?
Les Jeux olympiques, c’était un moment très spécial. Mon dos n’était pas très content, à cause sans doute d’un stress interne. Franchement, dans l’approche de ce slalom, j’avais juste une seule envie, c’est de me balancer et de profiter à fond, sans penser aux conséquences, à la place, aux médailles ou quoi que ce soit.
Parce que ce sont les Jeux. On a une course comme celle-ci tous les quatre ans.
J’étais satisfaite de ma performance. Je ne savais pas trop quoi ressentir après, parce qu’on pense forcément qu’il y a la médaille dans un coin de notre tête et les médias ne nous parlent que de ça. Je n’étais pas venue là pour faire dixième !
Je n’étais pas totalement heureuse, mais avec du recul, Je suis aussi très fière d’avoir géré cette situation comme je l’ai faite. J’avais vraiment envie de performer pour toute ma famille qui était venue me voir, et c’est ce que j’ai fait.
Au final, j’ai fait deux manches plutôt bonnes où je n’ai pas grand-chose à me reprocher, puisque j’ai tout donné.

Et enfin, le dernier slalom de ta saison aux Finales à Hafjell…
Oui, c’était très cool. C’était ma première participation aux Finales. Je me suis vraiment battue tout l’hiver pour rester dans ce top 25. C’était un de mes objectifs.
Sur la deuxième manche d’Hafjell, j’ai retrouvé un peu ce feeling de légèreté, de relâchement que j’avais à Copper. C’est toujours très sympa d’arriver en bas et de voir du vert. En plus de le faire sur la dernière course de la saison…
Franchement, je me suis éclatée. Cela m’a encore plus prouvé que faire 8e, 10e ou 12e ne m’intéresse pas trop.

Le géant est resté en retrait pour toi cette saison. Quelle place lui donnes-tu dans ton projet sportif ?
Mon but, c’est de revenir aussi forte en géant qu’en slalom. Cette année, c’était prévu comme cela (Caitlin n’a disputé que trois géants pendant l’hiver). J’avais prévu de mettre la priorité sur le slalom.
Comme j’ai pris le départ dans peu de géants (3 durant l’hiver), j’ai naturellement eu beaucoup moins de volume. Et forcément, j’étais moins performante.
Mais dès cet été, je vais faire de gros blocs de géants pour retrouver un niveau similaire à celui du slalom. Pour y arriver, il faut de la répétition, des heures et des kilomètres sur les skis. Je suis prête à mettre tout le travail qu’il faut pour y arriver.
Tu es performante sur neige très dure et glacée, des conditions de plus en plus rares sur le circuit. Comment vas-tu adapter ton ski à cette évolution ?
C’est de plus en plus comme cela avec les saisons qui passent. Avant le début de l’hiver, c’était déjà une volonté du groupe d’aller s’entraîner durant l’été en Norvège sur des neiges salées et de continuer à faire ce travail de préparation le plus souvent possible. On n’avait vraiment pas peur de se retrouver sur des entraînements où la neige était vraiment moyenne.
On a beaucoup skié ce genre de conditions. Je pense que cela nous a beaucoup aidé sur les courses où très vite il y avait un rail un peu mou, ou sur des neiges moins dures que ce qu’on aimerait.
En tout cas, c’est quelque chose qu’on va devoir continuer à faire puisqu’on n’a pas vraiment le choix des conditions.
En décembre à Courchevel, tu avais évoqué tes douleurs au dos et la possibilité d’une pause en fin de saison. Quel est ton programme ?
Le programme, c’est que j’ai déjà entamé ma première période de réathlétisation. Je suis à Albertville pour deux semaines, ensuite je serai deux semaines dans le centre de rééducation de Capbreton, et ensuite je reviens à Albertville pour deux semaines. Au total, je vais faire six semaines de renforcement musculaire très spécifique.
On va essayer de rééquilibrer un peu mes muscles. Et on va croiser les doigts pour la suite ! Je suis assez confiante aussi que cela va me faire du bien. En tout cas, cela ne me fera pas de mal.
Nota : Caitlin McFarlane avait lourdement chuté lors du stage à Ushuaïa en 2024. Depuis, elle ressent des douleurs dorsales persistantes. Cette chute avait entraîné une petite hernie, un disque fissuré ainsi qu’une petite fracture sur une de ses vertèbres.












