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Le chiffre 3, entre bonheur et cruauté à Bormio

À Bormio, au pied de la Stelvio, la matinée a basculé d’une émotion à l’autre. Il y a d’abord eu le sourire, immense, avec Franjo von Allmen : le Suisse poursuit sa série parfaite et décroche une troisième médaille d’or en trois courses depuis le début de ces Jeux.
Et puis il y a eu la cruauté du chronomètre : trois centièmes ont séparé Nils Allègre, le skieur de Serre Chevalier, d’un podium olympique qui lui tendait les bras. Un “3” pour la gloire, un “3” pour une immense déception.

Franjo von Allmen en or trois fois de suite

Impérial dans la descente olympique samedi et parfaitement secondé par Tanguy Nef lundi en combiné, Franjo von Allmen a une nouvelle fois maîtrisé son sujet sur la Stelvio mercredi. Parti avec le dossard 7, il a signé le meilleur temps avec 0 »13 d’avance sur le médaillé d’argent américain Ryan Cochran-Siegle. Marco Odermatt se classe troisième de ce Super-G olympique.

Franjo Von Allmen : trois courses et trois médailles d’or – Photo copyright Agence Zoom/Alexis Boichard

« A l’instant, j’essaye de comprendre ce qui s’est passé ces derniers jours. Aujourd’hui, je pense que j’ai eu un peu chance avec mon dossard » a commenté Franjo von Allmen en conférence de Presse.

Franjo von Allmen est le troisième skieur alpin – le quatrième si l’on ajoute Janica Kostelic – à s’adjuger trois titres au cours des mêmes Jeux olympiques après Toni Sailer (en 1956 à Cortina) et Jean-Claude Killy (en 1968 à Grenoble). Deux champions qui avaient toutefois moins d’épreuves à « disposition » dans le programme olympique.

Plus étonnant, Von Allmen est le premier Suisse à s’adjuger le titre olympique en Super-G chez les messieurs.

Nils Allègre inconsolable en zone mixte

Comment rester indifférent à la détresse de Nils Allègre. Le Français termine au pied du podium. Quatrième, à seulement trois centièmes.

En zone mixte, sa prise de parole est forte et surtout très humaine. On sent un athlète qui encaisse, mais qui refuse de tricher avec ses émotions. Les premiers mots sortent difficilement. « Frustration, déception, colère et aussi fierté de mon état d’esprit de la semaine, de mon engagement, de mon courage ».

Cette colère n’est pas tournée vers un adversaire. Elle vise plutôt ce que Nils considère comme un scénario cruel. Celui des centièmes qui s’acharnent. « J’ai fait trois fois 4e cet hiver, 2 fois 5e, et toujours des centièmes, aujourd’hui 3 ! »

Le coup est rude. Et il le dit, sans détour. « C’est très dur à avaler pour le moment » poursuis Nils. Dans son analyse, il décrit une course aboutie, un engagement total. Le skieur de Serre Chevallier explique qu’il s’est bien senti. Il raconte un gros run sur ce Super-G. Et il insiste sur un point essentiel : il a skié à son niveau. Avec l’un des meilleurs skis qu’il puisse produire. « C’est le meilleur niveau que je peux donner. 3 centièmes, on peut les trouver de partout, si je fais le détail avec la caméra, mais ça ne m’intéresse pas », commente Nils dépité !

Nils met des mots sur ce que beaucoup ressentent. Le sport de haut niveau est une addition de sacrifices. Et le ski alpin, encore plus. Parce que tout se joue vite. Parce que tout se joue fin. Parce que la hiérarchie se décide parfois sur un souffle. « 3 centièmes c’est dur, c’est extrêmement dur sportivement. Moralement, ça reste du sport, mais c’est extrêmement dur. C’est le moment le plus dur de ma carrière » précise Nils.

Dans cette phrase, il y a la lucidité. Et il y a la cassure. Celle d’un athlète qui a tout mis dans sa semaine. Et qui, malgré cela, reste derrière la ligne.

Au moment de conclure, Nils ne retient plus grand-chose. Il lâche une dernière phrase, simple, et définitive.
« Aujourd’hui, je suis inconsolable. »