À quelques semaines des Jeux de Milan-Cortina 2026, Alexis Pinturault fait le point avant le week-end d’Adelboden. Un point presse tenu hier, au cours duquel Alexis Pinturault dresse un bilan lucide de son début de saison.
Photo copyright Agence Zoom/Alexis Boichard
Comment as-tu vécu cette pause de fin d’année, inhabituelle pour toi sur le circuit ?
Elle m’a fait beaucoup de bien. C’était une première pour moi de passer les fêtes en famille depuis mon arrivée sur le circuit Coupe du monde.
Cela a été ressourçant, nouveau, et très agréable à vivre.
J’ai pu me reposer, tout en reprenant progressivement le travail physique, avant de retourner skier à Ponte di Legno.
Cinq géants disputés, beaucoup de régularité : quel bilan tires-tu de ton début de saison ?
Je le qualifierais de satisfaisant. Il n’y a pas eu de choses extraordinaires, mais de très bonnes choses et d’autres moins bonnes. Quand on prend l’ensemble de mes résultats, on voit qu’il y a encore des points à améliorer.
J’ai rencontré des conditions qui ont été assez disparates et différentes. J’ai eu peut-être un peu plus de difficultés à m’adapter sur certaines d’entre elles. A l’inverse je me suis bien adapté sur d’autres.
C’est mon bilan général. Il faut que je continue de m’améliorer et de progresser. C’était le but à atteindre pour ma préparation avant Adelboden.

Qu’as-tu travaillé de spécifique avant Adelboden ?
Si on parle vraiment de choses simples, la glace ! C’est la première fois qu’on skiait sur de la vraie glace ! On a pu avoir des conditions qui étaient plus ou moins dures, mais là on a skié sur de la glace dure et compacte.
On sait qu’à Adelboden, traditionnellement, on a des conditions qui sont assez glacées.
C’était le premier objectif que de revenir sur la glace. C’est toujours un peu déroutant : il faut tout faire plus vite, et mieux. C’était quelque chose de très important pour moi, pour franchir de nouvelles étapes.
Est-ce que tu l’apprécies toujours cette glace ?
Oui, mais il faut aussi que je retrouve un matériel qui fonctionne, parce que quand on n’est pas là pendant longtemps, forcément le matériel n’est le même sur des neiges agressives que sur de la glace.
Je pense que cela reste des conditions de neige que j’apprécie. Je suis un skieur qui techniquement a des bases très solides. J’ai encore des choses à optimiser et à travailler, mais techniquement les bases sont là. Elles sont très bonnes et le seront toujours. Je peux m’appuyer dessus. Quand on est un bon skieur sur la glace, généralement, c’est un revêtement qui favorise aussi les skieurs qui sont bons techniquement.
Adelboden, c’est un endroit qui t’a toujours réussi…
C’est une piste qui m’a souvent réussi. C’est une piste que j’aime beaucoup. Elle est aussi chargée d’histoire personnelle pour d’autres raisons. C’est une belle piste.
Adelboden est probablement l’un des plus beaux géants de la saison. L’ambiance, l’histoire, la piste en elle-même, la préparation. Quand on met tout bout à bout, c’est certainement l’une des courses qui est la plus sympa, auxquelles on aime participer.
On est dans la dernière ligne droite avant les JO. Est-ce que tu as une stratégie pour ces dernières courses ?
L’essentiel pour moi, c’est surtout d’arriver à construire un skieur et un « setting » performants. Et à chaque compétition prendre des repères, continuer à améliorer mes résultats. Il faut que j’arrive à hausser le ton, à gagner cette dernière seconde qui manque.
C’est l’objectif sur le mois de janvier. Ce sur quoi je m’attelle, c’est construire une belle maison avec des bases solides et, au fur et à mesure, arriver au toit et le construire.
Cela passe par la technique, le matériel, l’engagement, les résultats bien sûr qui doivent aussi aller en adéquation.
Pour poursuivre sur l’image de la maison d’Alexis Pinturault, à quoi aimerais-tu qu’elle ressemble en février à Bormio ?
J’aimerais qu’elle soit le mieux finie possible. C’est toujours la grande interrogation. Je pense que techniquement, il y a de très bonnes choses aujourd’hui.
Ma plus grande difficulté, c’est d’arriver à faire ces mêmes choses techniques dans toutes les conditions. C’est le premier socle.
Le deuxième socle, c’est le matériel. Il faut que j’ai un setting qui me corresponde, tout en sachant que le délai est quand même contraint.
Et le troisième socle, c’est le mental. J’ai énormément travaillé sur ce sujet et je travaille encore pour essayer d’avoir de la confiance sur ce que je conduis.
Forcément, il y a beaucoup d’étages à construire sur chacun de ces socles-là. Mais l’objectif, ce serait que la maison soit la plus aboutie possible…
100% serait l’idéal, mais ça voudrait dire que je serais en mesure de gagner une course. Aujourd’hui, je pense qu’il y a des bonnes bases, des gros pourcentages, mais je suis encore très loin de ce 100% !
Quand tu as démarré la saison au mois d’octobre, est-ce que tu pensais que ça serait aussi difficile de revenir progressivement vers le haut du tableau ?
Oui, je pense que j’étais parfaitement lucide sur cela. Et d’ailleurs je l’ai dit : j’ai utilisé le mot course contre la montre pour arriver aux Jeux Olympiques. Je n’ai pas dit une préparation dans l’objectif des Jeux Olympiques…
Quand on dit course contre la montre, ça veut tout dire. Il y a énormément de choses à reconstruire dans un temps qui est très court, tout en sachant qu’il y a ce stress qui est lié au retour de blessure. Il faut réapprendre, et en même temps, être compétitif en vue des Jeux Olympiques.
Et d’ailleurs quand on analyse les retours de blessure, généralement la première année, il y a des belles choses. On voit que l’athlète revient, refait des résultats, que cela va dans le bon sens. Mais l’athlète ne revient pas à un niveau de compétitivité pour être sur les podiums, pour faire des top 7 presque à toutes les courses.
C’est rarement le cas, voire jamais le cas. Si on regarde d’autres athlètes avant moi, il y a eu suffisamment d’exemples qui ont tous fini avec les mêmes trajectoires. Je pense que j’étais parfaitement conscient de tout ça, et je le suis encore.
Pourquoi as-tu choisi de ne pas te porter candidat comme porte-drapeau pour les JO ?
Tout simplement parce que je n’ai pas l’envie de faire de la politique. Je n’ai pas envie de défendre une campagne. Je n’ai pas eu envie de me porter candidat au Porte Drapeau pour ces raisons-là.
Je ne dis pas que le porteur de drapeau n’est pas quelque chose d’extrêmement valorisant.
Mais c’est plutôt la manière pour devenir porte-drapeau qui ne convient pas du tout. Les athlètes sont des sportifs. Ils ont des objectifs de performance, et ce n’est pas leur rôle, selon moi, de devenir des politiciens et donc de candidater et de faire campagne pour être élu.
Il te reste deux géants avant celui des Jeux Olympiques. Dans un monde idéal, tu aimerais arriver à Bormio avec quel dossard ?
Ça m’est égal ! Je vais citer différents exemples. L’année dernière, à Saalbach, le champion du monde Raphael Haasser partait avec le dossard 22. Il n’y a pas très longtemps, Alex Vinatzer s’élançait avec le 19 et cela ne l’a pas empêché d’aller faire un podium à Beaver Creek aux Etats-Unis. Même chose pour Luca Aerni qui partait 22 à Val d’Isère et qui est allé chercher un podium !
Quand le ski est là, on est capable d’être performant. Il y a beaucoup d’athlètes qui montrent au quotidien que peu importe le dossard.
Ce qui est sûr, c’est que les Jeux Olympiques, cela peut être le démon de certains, comme la révélation pour d’autres. Et il y a suffisamment d’exemples aux Jeux pour le rappeler.
Donc, très clairement, les promesses aux Jeux ne sont jamais forcément tenues. C’est justement toute la complexité, toute la beauté, tout ce qui rappelle que les Jeux sont uniques.











