A la veille d’affronter la Streif, Maxence Muzaton affiche une sérénité assumée. Le descendeur de La Plagne sait ce qu’il veut faire, et surtout comment l’éxécuter.
Reste que tout se jouera dans l’exécution, de la cabane de départ jusqu’à la ligne d’arrivée.
Photo copyright Agence Zoom/Christophe Pallot
Comment analyses tu ton début de saison en vitesse, notamment au regard des quatre descentes déjà disputées ?
J’ai assez bien abordé l’hiver avec la première course à Beaver Creek. Ma place (13e) était presque anecdotique, mais si on regarde le fil de la course, je partais avec un dossard au-delà des 20. Et j’ai été le seul à rentrer dans le Top 15. C’était une bonne première course donc j’avais à coeur d’être performant sur les suivantes.
A Val Gardena, je me suis trompé de combat, surtout tactiquement. Je suis passé à travers mes deux courses. À vouloir trop bien faire en course, ce que je n’avais pas tenté à l’entraînement, le trop devient souvent l’ennemi du bien chez moi. C’était un peu dur, un peu frustrant mais cela fait partie du jeu.
Je voulais ensuite bien aborder ce mois de janvier. A Wengen, je fais une course proche du top 10 avec de très bons secteurs. Après deux bons entraînements (6e et 2e), ce qui m’est rarement arrivé dans ma carrière aux entraînements, j’avais de grosses ambitions pour la course. Je me classe 11e, une place solide sur laquelle je peux m’appuyer pour continuer à avancer sur ce mois de janvier.

On ne t’a pas vu au départ d’un Super-G cette saison. Quelle en est la raison ?
Cela fait longtemps que cette discipline me boude. Et pourtant, quand j’étais plus jeune, c’était ma discipline forte ! Il est vrai que j’ai perdu un peu les clés dans la discipline pour multiples raisons.
Aujourd’hui, si je courais en Super G, je partirais avec des gros dossards. Le Super G se coure souvent la veille des descentes. Et cet hiver j’ai décidé de me concentrer sur ma discipline forte qui est la descente. Parce que c’est déjà difficile d’être performant dans une discipline.
C’est un choix sans être un choix parce qu’il y a aussi maintenant beaucoup de jeunes qui montrent le bout de leur nez. Après, c’est soit tu es performant, soit tu laisses un peu ta place…
J’espère pouvoir y revenir. Je ne me ferme pas totalement la porte. Mais c’est sûr que pour cette saison, je mets l’accent sur la descente.
Quels enseignements retiens tu de tes deux entraînements sur la Streif, malgré la faute de mercredi ?
J’ai eu de bonnes sensations. Mardi, j’ai fait un entraînement assez calme et posé. Je suis content. Je suis troisième à quatre dixièmes.
Mercredi, j’ai voulu un peu rectifier ce que je n’avais pas bien fait mardi. J’étais mal parti sur les premiers secteurs et je n’avais pas bien pris l’entrée du dévers. J’ai donc fait exprès d’être plus incisif sur le pied gauche à l’Hausberg pour sortir avec plus d’ouverture dans l’entrée du dévers. J’ai eu vraiment la sensation que le ski s’accélérait. Je me suis fait un peu secouer. J’ai regardé la porte et j’ai penché mon épaule. Faute au pire endroit possible ! Parce que si tu penches l’épaule, tu as le ski qui se décharge de la pression. Du coup, cela me descend, descend… Et je suis passé en dessous de la porte.
C’est à cela que servent les entraînements. Je préfère le faire aujourd’hui que le faire le jour de la course.
Globalement, c’était du très bon ski. C’est encourageant pour samedi.

Est-ce que comme d’habitude, la Streif est superbement préparée ?
Oui, elle est très belle. Même sur certaines sections médianes, où l’hiver dernier on a vu qu’il y a eu des soucis en Super-G, c’est même plus lisse.
Comme d’habitude, ils ont fait un boulot incroyable pour nous faire une piste aux petits oignons, pour qu’on puisse s’exprimer et faire un beau spectacle samedi.
Concrètement, qu’est-ce qui ferait de ta descente de samedi une course réussie à Kitzbühel ?
Souvent à Kitzbühel, j’ai toujours réussi à être performant jusqu’à l’Hausberg. J’ai souvent péché en bas. Un bon Kitzbühel, ce serait de faire jusqu’en bas ce que j’ai déjà très bien su faire jusqu’à l’Hausberg.
Je sais ce que j’ai à faire. Et cela ne me met pas plus de pression qu’il n’en faut.
Je suis focus pour faire mon ski, pour arriver à me libérer comme je le veux. On fera les comptes ensuite.
Mais là, je me sens bien et dans un bon état d’esprit. J’ai à cœur de bien faire samedi.
Parce qu’il faut le dire : s’il y a une course que j’aimerais cocher dans ma carrière, c’est bien celle-là. Et il ne me reste pas 10 saisons devant moi…
Les Jeux Olympiques étaient-ils un objectif affiché en début de saison, et quelle place occupent-ils aujourd’hui dans ton esprit ?
Les Jeux, c’est une fois tous les 4 ans. L’année où ça se présente, on a tous envie d’y aller et d’être performants là-bas. Mais aller aux Jeux, c’est aussi conditionné par ce qu’on fait avant.
Bien sûr, J’ai cela dans un coin de la tête, mais j’essaie d’y penser le moins possible et de me focaliser sur ce que j’ai à faire le jour J. Parce que d’expérience, me projeter ou regarder ce qui se passe ailleurs, ça m’a plutôt souvent desservi.
J’essaie de construire mes semaines jour après jour, de rester concentré sur l’instant présent et de voir les Jeux comme la récompense de belles choses que j’aurais montré avant.











