Le temple du géant à Adelboden ne déçoit jamais. Sous une neige tombant en abondance et une visibilité parfois nulle, la mythique piste de la Chuenisbärgli a mis les organismes et les nerfs des meilleurs skieurs du monde à rude épreuve. Dans ce décor dantesque, un homme continue de marquer l’histoire de son sport : Marco Odermatt.
Photo copyright Agence Zoom/Christophe Pallot
Odermatt rejoint Stenmark au Panthéon
Déjà leader après une première manche maîtrisée en 1:14.40, le Suisse a su garder son sang-froid pour boucler les deux tracés en 2:31.23. Avec ce nouveau succès, il signe une cinquième victoire consécutive en géant sur ses terres d’Adelboden. Un exploit monumental qui lui permet d’égaliser le record légendaire d’Ingemar Stenmark, le seul avant lui à avoir régné sans partage sur cette piste cinq années de suite.
Malgré la pression d’un Lucas Pinheiro Braathen de gala (2e à +0.49), Odermatt a prouvé qu’il était bien le maître absolu de la discipline. Le Suisse a d’ailleurs déclaré son amour pour cette piste et pour son public au micro de la FIS à l’arrivée : « C’est vous, le public, qui me donnez envie de m’engager, merci ». En effet, même si l’émotion liée à l’incendie de Crans-Montana était encore palpable, une ferveur incroyable était au rendez-vous. Comme toujours à Adelboden, c’est ce qui en fait le plus beau géant de l’hiver.
Léo Anguenot : Le podium du caractère
La sensation de la journée est française. Quatrième après le premier acte, Léo Anguenot a réalisé une seconde manche d’une intelligence rare. Là où beaucoup ont subi le relief caché par la neige fraîche, le Français a skié avec une légèreté incroyable, ne concédant que deux centièmes sur Braathen lors de son second passage.
L’activité et l’énergie du Français sur le haut du parcours ont été un modèle, et sa capacité à « passer les pieds » en restant stable même dans la pente est non seulement esthétique, mais surtout efficace. En terminant 3e à seulement 68 centièmes de la gagne, il décroche son deuxième podium en Coupe du monde, le premier sur l’une des « classiques » les plus dures du circuit. Il devance les redoutables Norvégiens Timon Haugan (+1.26) et Henrik Kristoffersen (+1.43).
Entre Madonna et le podium du jour, on peut affirmer sans crainte que les Français sont en forme pour 2026 et offrent un spectacle magnifique.
Les cadors se livrent une bataille dantesque
Cela peut sembler d’une étonnante banalité, mais cette course a bien montré les différences entre les tous meilleurs athlètes et le reste du monde. Dans ces conditions difficiles, seuls les plus talentueux ont réussi à s’engager totalement. Marco Schwarz en est un bel exemple : avant sa chute, il réalisait une excellente manche dans son style très léger, comme à son habitude.
L’expérimenté Kristoffersen a aussi impressionné dans cette deuxième manche. Sa prestation met en avant le point principal pour être un « top skieur » : la condition physique. En effet, si Kristoffersen semblait épuisé à l’arrivée, il a tout de même travaillé ses courbes, et ce même dans cet interminable dernier mur. Cela lui a permis de creuser l’écart et de terminer à une belle cinquième place.
La jeune garde française s’affirme dans la tourmente
Derrière l’exploit d’Anguenot, c’est tout le collectif bleu qui a montré son caractère dans ces conditions de survie, et surtout en première manche :
- Alexis Pinturault (12e) : Dans une période de transition, le leader historique a assuré une place solide dans le Top 15 (+2.23).
- Loevan Parand (16e) : Très à l’aise dans la difficulté, il gagne 6 places en seconde manche pour accrocher un beau résultat (+2.54).
- Alban Elezi Cannaferina (17e) : Il confirme son potentiel en restant au contact des meilleurs mondiaux (+2.61).
- Flavio Vitale (24e) : Le jeune prodige continue son apprentissage du haut niveau en marquant des points précieux sur une piste qu’il découvrait dans des conditions extrêmes (+3.93).
Seule ombre au tableau : la chute de Thibaut Favrot (DNF), sorti très tôt en deuxième manche alors qu’il était bien parti le matin.
Ainsi s’achève ce moment tant attendu de la saison, sous une neige battante et des drapeaux suisses flottant dans les airs. C’est peut-être aussi pour ces images-là qu’on apprécie autant le ski alpin et ce mois de janvier !
Article rédigé par Merlin Meignan, étudiant à l’emlyon business school et passionné de ski alpin.











