Header Ad

Categories

  • Aucune catégorie

Alpes Françaises 2030 : Méribel décroche l’or… en communication

Ce n’est pas une médaille officielle, mais elle mérite d’être encadrée : écartée en juillet dernier du schéma préférentiel ski alpin des Jeux d’hiver 2030, Méribel remporte haut la main la palme estivale de la meilleure riposte médiatique. Un masterclass de communication publique, bien plus maîtrisée que certains choix d’organisation.

C’est l’histoire de l’été… et elle n’est pas drôle du tout. Mise de côté dans la nouvelle cartographie des sites olympiques, la station savoyarde de Méribel a réagi en juillet à la vitesse de l’éclair avec un communiqué tranchant, construit comme une charge en règle contre le COJOP. Rien ne manque : indignation, arguments juridiques, données techniques et… mémoire des faits.

Le fond de l’affaire ? Ayant participé depuis son origine à la construction de la candidature « Alpes françaises 2030 », Méribel devait accueillir sur la piste Roc de fer les épreuves olympiques de ski alpin dames ainsi que les épreuves de ski paralympiques. Pour cela, la commune de Méribel Les Allues n’avait pas ménagé ses efforts : lettres de garanties, convention de mises à disposition, accueil des délégations du CIO pour présenter son site, unanimement accepté !

Mais à l’occasion d’un conseil d’administration du COJOP qui s’est tenu le 21 juillet, Méribel s’est vu tout bonnement retirer l’organisation des épreuves de ski alpin olympique. Et dans la foulée, on lui propose de n’organiser « que » les épreuves paralympiques en mars 2030. Une logique à rebours de tout ce qui a été étudié et promis dans le dossier de candidature.

Le communiqué des élus de Méribel disponible sur le site internet de la mairie

La concertation ? Portée disparue

Depuis 2023, les équipes de Méribel n’ont cessé d’être mobilisé sur ce dossier. Rien ne laissait présager que la carte des sites ski alpin des Alpes Françaises, digne d’une série à suspense sur Netflix, allait encore nous réserver un nouveau rebondissement (voir infographie récapitulative). Et pourtant…

Digne d’une série à suspense sur Netflix, la chronologie des sites ski alpin des Alpes françaises 2030.

Le 16 juin dernier, Edgar Grospiron indique dans son message des 100 premiers jours à la présidence du COJOP : « Je sais où chaque compétition va être organisée ». Curieux, puisque depuis sa nomination, aucune rencontre avec les élus de Méribel n’avait eu lieu.

« La commune a ainsi appris dans les jours qui ont suivi que le COJOP avait décidé de remplacer Méribel par Val d’Isère afin d’accueillir les épreuves de ski alpin en binôme avec Courchevel ! », précise le compte rendu du conseil municipal consultable sur le site internet de la Mairie.

Le 17 juillet, Edgar Grospiron est de passage à Méribel avec ses conseillers pour échanger sur la place de la station dans la carte des sites olympiques et paralympiques. Douche glacée pour les élus de la station savoyarde et pour tous ceux qui ont soutenu la candidature à Méribel. Et étonnement aussi quand on relit la dernière phrase du message d’Edgar Grospiron : « Nous ne sommes que de passage pour n’écrire qu’une page de cette grande histoire. Et nous le ferons ensemble ». Sauf que, manifestement, l’encre a gelé avant d’arriver à Méribel !

Une glissade hors-piste sur la charte olympique

À Méribel, on ne mâche pas ses mots : « Charte olympique bafouée, paralympiques discriminés ». Ce ne sont pas des formules creuses. Depuis juin 2001 (accord entre le Comité international olympique et le Comité International Paralympique), la charte olympique exige en effet l’unité de lieu pour les épreuves olympiques et paralympiques prévus à partir de 2008. Une exigence forte qui a été respectée dans toutes les éditions précédentes. Par respect pour les athlètes. Par cohérence logistique. Par souci d’économie. Et, osons le dire, par simple bon sens.

Ce choix de dissocier les sites est donc perçu à Méribel (et pas seulement) comme une rupture nette avec l’esprit olympique, et une forme de discrimination institutionnelle à peine voilée envers les athlètes paralympiques. Cela n’est « ni conforme à la charte olympique, ni aux engagements pris lors de la candidature », précise le communiqué de la Mairie.

Ceci est perçu comme une véritable régression. « Pourquoi ne pas tirer des enseignements de ce qui a fait le succès de Paris 2024 en respectant les paralympiens en les traitant sur un pied d’égalité ? », interroge la mairie.

Une façon de rappeler que l’égalité entre sportifs, quels qu’ils soient, n’est pas une option, mais un engagement fondateur de l’esprit Olympique.

Une station prête, un héritage revendiqué

Mais l’argument moral est loin d’être le seul. Méribel revendique une pleine légitimité technique et historique. « Depuis les Jeux d’Albertville en 1992, la station a amélioré ses liens et ses transports avec Brides-les-Bains, fait évoluer son parc Olympique et ses infrastructures d’accueil », indique le communiqué de la Mairie.

Sur le plan sportif, la piste du Roc de Fer est homologuée, éprouvée, et a été auréolée par le succès des Championnats du Monde 2023, organisés en duo avec Courchevel. Cette piste a été utilisée lors de Coupes du Monde, de Finales, de championnats de France. Méribel précise qu’elle était prête, même prête sans avoir à construire quoi que ce soit de nouveau et quasiment sans frais supplémentaires !

Le géant dames des Mondiaux de ski alpin 2023 disputé sur la piste du Roc de Fer à Méribel – Photo copyright Agence Zoom/Christophe Pallot

Ce détail a son importance, car il touche un nerf sensible : l’argent public. Sauf miracle, le schéma préférentiel du COJOP (s’il est confirmé) devrait générer des surcoûts. Chaînes logistiques distinctes, infrastructures à construire ou adapter, transports multipliés, sécurité, hébergement, personnels à doubler… Autant de dépenses additionnelles qui devraient plomber un budget déjà sous pression dans une France où la rigueur budgétaire est censée être le mot d’ordre.

Le bilan environnemental, grand perdant !

Autre angle d’attaque de la communication de Méribel : l’écologie, un thème que Méribel place au cœur de son schéma environnemental « Méribel 2038 », opérationnel depuis quatre ans. Une feuille de route qui mise sur la frugalité, la limitation des impacts et l’efficience énergétique. Le nouveau scénario du COJOP va, selon la mairie, à contre-courant de ces engagements.

Multiplier les sites, c’estplus de béton, plus de transports, donc plus d’émissions. Là où un événement unifié sur un même site pouvait permettre de mutualiser les moyens, l’éparpillement géographique provoquera une envolée carbone.

Le message est limpide : on ne peut pas prétendre organiser des Jeux « durables » si l’on ignore les fondamentaux environnementaux, a fortiori dans un contexte de crise climatique et dans un massif alpin particulièrement exposé.

Méribel évoque également dans sa communication un risque sur « le fragile équilibre trouvé entre Alpes du Sud et les Alpes du Nord », conséquence directe de ce jeu de dominos logistique. Elle s’interroge sur l’héritage réel de ces Jeux s’ils sont bâtis sur des compromis à courte vue et des décisions prises sans concertations.

D’autant que l’organisation de deux Jeux séparés (olympiques et paralympiques) empêcherait toute capitalisation d’expérience : en sécurité, en médical, en encadrement, en transport… tout deviendra plus compliqué. Et l’expertise développée pour les Jeux Olympiques ne bénéficiera pas aux paralympiques.

Méribel se retire de la mêlée… mais garde ses spatules prêtes

Conclusion ? Méribel « prend acte », « ne cautionne pas », et se retire du projet tel qu’il est envisagé actuellement. Mais elle n’exclut pas de revenir dans le jeu… à condition que les engagements initiaux soient respectés.

La station réaffirme sa disponibilité pour accueillir les épreuves olympiques dames de ski alpin, les épreuves paralympiques de ski, et pour travailler en coordination avec Courchevel, Brides-les-Bains et Bozel, dans un esprit de mutualisation des moyens et de respect des valeurs olympiques.

Car à Méribel, on sait jouer collectif comme ce fut le cas pendant les Mondiaux de 2023 dont le succès a fait rayonner le ski français bien au-delà des Alpes françaises.

En 2023 aux Mondiaux de ski alpin, Méribel et Courchevel ont, ensemble, fait rayonner le ski français dans le monde entier.

Slalom médiatique réussi, faute de slalom olympique

Méribel qui connaît bien la montagne – et le storytelling – a diffusé une communication efficace, qui a marqué les esprits en juillet.

Quand le COJOP sort un communiqué le 21 juillet parlant de « sublimer les épreuves » avec Val d’Isère et de « maintenir l’équilibre budgétaire » par des « engagements clairs », Méribel délivre un message aussi clair que percutant : on sait encore faire du ski droit… et tenir la ligne (autrement dit, ses engagements !).

Et coupe la ligne avec une grande élégance : « bonne chance aux athlètes et aux sites organisateurs ». Interrogé récemment par TopSkiNews, la Mairie précise «Il n’y a plus aucun contact entre la commune et le COJOP, la Mairie reste sur sa position ».

Chapeau bas. Ou plutôt… casque relevé.